«L'homme sauvage, quand il a dîné, est en paix avec toute la nature, et l'ami de tous ses semblables. S'agit-il quelquefois de disputer son repas? Il n'en vient jamais aux coups sans avoir auparavant comparé la difficulté de vaincre avec celle de trouver ailleurs sa subsistance et comme l'orgueil ne se mêle pas du combat, il se termine par quelques coups de poing. Levainqueur mange, le vaincuva chercher fortune, et tout est pacifié, mais chez l'homme en société, ce sont bien d'autres
affaires; il s'agit premièrement de pourvoir au nécessaire, et puis au superflu. Ensuite viennent les délices: et puis les immenses richesses, et Puis des sujets, et
puis des esclaves; il n'a pas un moment de relâche. Ce qu'il y a de plus singulier,
c'est que moins les besoins sont naturels et pressants, plus les passions augmentent, et, qui pis est, le moyen de les satisfaire.» Rousseau, Rousseau,Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, G F Flammarion,19 |